Pour introduire les chapitres consacrés aux neuf types dans un livre que je viens d’écrire, je me suis amusée à inventer de petits sketches à partir de la symbolique des nombres. Les voici, mis bout à bout.
Dans un endroit imaginaire, qui se situe loin dans le passé, à l’époque où se sont mis en place les grands archétypes qui subsistent dans notre inconscient collectif, vivent neuf personnages, chacun représentant une des facettes du Grand Tout. Ecoutons-les se présenter l’un après l’autre.
Apparaît le premier personnage. Il est seul. Comme il ne connaît rien d’autre que lui-même, que l’altérité n’est pas encore de ce monde, il ne parle pas. Il n’a pas encore de nom; plus tard, on l’appellera “Un”, car il représente l’Unité, l’entier. Il se tient droit comme un I, comme un jour on dessinera son nombre. Séparé du Grand Tout, il croit se souvenir de ce qu’est la perfection.
Un deuxième personnage rejoint le précédent, le regarde intensément au fond des yeux et lui dit: “Je suis le Deux, le second, le miroir dans lequel tu prends conscience de ton existence et de ton imperfection. Avec moi apparaît la notion de différence. Alors deux mots prennent sens: “avec” et “contre”. Duo ou duel… Tu veux atteindre l’idéal? Tu mets la barre si haut, comment rivaliser! Alors mon rôle sera d’aimer et je vais exister parce que tu auras besoin de moi. Plus tard, on dessinera mon chiffre 2 tout en rondeurs, avec l’air penché de celui qui est à l’écoute”…
Voici que déboule le troisième personnage, dynamique et souriant, qui s’adresse directement au public: “Bonjour, je suis le Trois! Mes deux amis ont formulé des idées fortes, que je trouve néanmoins un peu abstraites. Mon rôle est de passer à l’action: très concrètement, c’est à partir de trois pieds qu’un meuble tient debout!”. Puis, s’adressant à ses compagnons: “Ensemble, nous allons être une équipe qui gagne!”…
Les trois premiers nombres, occupés à leurs projets sur un côté de la scène, ne voient pas arriver le quatrième personnage, seul comme l’était le Un à l’origine. Tantôt face au public, qu’il toise le menton levé, tantôt cherchant à attirer l’attention des trois autres, il entame son monologue: “Je suis le Quatre, le paradoxe, à la fois solitaire et porteur d’émotions comme d’autres sont porteurs d’eau. Les émotions d’ailleurs ne sont-elles pas tout aussi indispensables à la vie que l’eau et l’air que l’on respire?” Il s’empare d’un pinceau et, d’un geste large, dessine un 4: “Un mouvement de nostalgie vers le passé, puis l’humeur remonte au beau fixe… Il suffit d’un rien pour qu’elle retombe et le cycle recommence.”
L’apparition du cinquième personnage se fait discrète. Il reste à l’écart, observant d’abord les trois personnes qui discutent, puis le personnage qui vient de s’exprimer, et qui tantôt se rapproche du groupe, tantôt s’en éloigne. Le 5 ne semble pas pressé d’intervenir et, lorsque les autres le prieront de se présenter, il le fera posément et brièvement: “Je suis le Cinq. La situation me semble complexe et je pense que cela mérite analyse et réflexion.”
Un sixième personnage intervient. Plutôt circonspect, il considère de loin l’équipe des trois personnes et commence un monologue: “Qui donc représente l’autorité ici? Ces trois-là semblent très sûrs d’eux… Mais peut-on vraiment leur faire confiance? J’ai bien aimé le calme de celui qui m’a précédé. Avec lui et l’artiste, nous pourrions peut-être former un contre-pouvoir… Ne devrais-je pas prendre mon courage à deux mains pour les aborder?”
Un septième personnage, plein d’entrain, bondit sur la scène et déclare d’emblée sur un ton enthousiaste: ” Moi je trouve que le temps est bien trop court pour se disputer et cette scène bien trop étroite! Je suis le Sept, nombre heureux parmi les nombres. Sept notes pour faire de la musique, sept planètes pour rêver aux étoiles, sept merveilles du monde à découvrir! Elle est pas belle, la vie? Ce n’est que du bonheur, à condition de ne jamais s’arrêter.”
Lorsque le huitième personnage entre en scène, tous les autres se tournent vers lui et écoutent, impressionnés, ce qu’il a à dire: “Je suis le Huit. Je suis venu vous dire où est la vérité, car je la connais. En effet, regardez le graphisme de mon chiffre: il indique bien que je suis relié à l’infini, avec une boucle sur terre et l’autre dans le monde des idées. Je suis la Force, du moins c’est ainsi que l’on me considère. C’est donc à moi de rendre justice et de fixer de nouvelles règles pour mettre de l’ordre sur cette scène.”
Lorsque le neuvième et dernier personnage apparaît, la scène du monde est déjà très encombrée. Il y a là un 8 qui parle fort, un 7 qui aspire à la liberté, un 6 qui se demande où tout cela va les mener, un 5 qui, sous son air flegmatique, ne perd pas une miette de tout ce qui se passe, un 4 qui hésite encore entre participer et jouer en solo, un 3 qui n’apprécie pas que son leadership soit contesté, un 2 cherchant par tous les moyens à se rendre utile, un 1 perturbé par tous ces gens qui l’empêchent de bien faire son travail… Le 9 aimerait bien s’exprimer, à plusieurs reprises il essaie de se faire entendre. Il pense: “Le graphisme de mon chiffre le montre bien: comme un ballon qui danse au bout de sa ficelle, je ne fais pas vraiment le poids. Pourtant, s’ils m’entendaient… C’est moi qui suis la voix – et la voie – de l’Harmonie. Avec mes deux compagnons entrés en scène avant moi, nous formons un nouveau groupe, une troisième force dont le rôle est d’équilibrer les deux premières. Ainsi les neuf personnalités, se complétant, ont désormais la possibilité d’approcher l’unité. Mais pour cela, il faut que je dépasse ma crainte des conflits et que je m’affirme.”
A la croisée de mes recherches, j’ai trouvé ce texte poétique et finement présenté sur les 9 types et nombres de l’Enneagramme.
Félicitations à Marie-Claire Fagioli pour cette contribution.
Frederic
Commentaire par Frederic Theismann — 31.01.2007 @ 15:35